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On attendait ça depuis le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse 2007… Nous saurons enfin tout, tout, tout de Monsieur Doinel, encore inachevé à l’époque où nous l’avons rencontré ! Moi la première. Hé. Une veine. Je suis passée à la librairie Folie d’Encre (toute vivante !) pour y choisir un cadeau pour quelqu’un (tout vivant aussi), et ils avaient étalé en évidence tout un tas d’exemplaires du dernier roman de… Marie-Aude Murail !
Il y a bien quinze ans que je bouquine et rebouquine ses bouquins, on pourrait croire que je finirai par en avoir assez, pourtant, l’effet MAM persiste plus effervescent que jamais. Depuis hier soir, lorsque je me suis assise en tailleur comme j’aime pour ouvrir la première page de Papa et Maman sont sur un bateau, et jusqu’à cette fin d’après-midi, où la dernière feuille du livre s’arrache de ma paume, j’ai eu l’occasion d’élever plusieurs millions de fourmis dans les pattes. Mais quel pied alors ! Quel pied… A mes grands amours, Nils, Émilien, Simple ou Bart, s’est ajouté ce week-end Marc Doinel, branché sur le fuseau horaire de l’autre bout du monde, marié à une institutrice, père de deux enfants uniques, chef d’agence et patron pas comme d’autres. Même mon homme s’avère un peu sur le modèle, c’est vous dire si l’auteur a influencé mes vingt ans, pas trop rangeable, bon et doué de bon sens jusqu’à outrance, drôle, intelligent, et qu’on arrive assez facilement à sortir de ses gongs dès qu’une injustice se profile. Un homme droit, qui fait du mieux qu’il peut. Juste un héros de chaque jour… Ah… Doinel… Marc Doinel, chef d’agence chez Dufresne, est inquiet de l’insouciance de son patron qui conduit son entreprise aux mains d’un entrepreneur hollandais, et la restructuration inévitable qui s’ensuit, visant forcément plus rentable, forcément plus moderne, forcément plus… déshumanisé. Nadine Doinel, son épouse douce et blonde, traine quatre fois par jour un bateau symbole, signal pour les petits élèves de sa classe de ranger et se regrouper, de plus en plus lassée des rituels, l’année avançant, ne parvenant pas à comprendre pourquoi Jules persistait à lui refuser toute participation en classe ou dans la cour de récréation. Charlie, leur fille, grandit en 3°A, parle le japonais, et apprécie Aubin, un genre de paysan kolkhozien. Personne d’autre. Personne vraiment. Et Esteban, leur fils, un rien surdoué, mais quelque peu malheureux d’être aussi petit dans un monde d’hommes-robots. Pris chacun dans leur monde, ils ne savent pas qu’ils rêvent secrètement de liberté, tous les quatre à partir de la même image de yourte mongole, trainant dans un numéro de Psychologie… Autour de la famille, toute une société s’organise. On retrouve même une psychologue dont on sera ravi d’avoir les nouvelles, je vous en dis pas plus ! Les choix personnels des Doinel agissent alentour. C’est peut être ainsi que nous avons bel et bien une chance de vivre enfin, tels quels, sereins ensemble, en construisant chacun son monde dans le partage, libres, égaux et aimés. Tandis que je lisais et que son personnage se formait à partir des lignes, comme à l’écran, tandis que son image se constituait comme des rangées de petits points lumineux, j’ai appris quelque chose de nouveau. Si les écrits, si la vision du monde proposée par Marie-Aude Murail me touche tant, sans faille, depuis si longtemps, c’est d’abord qu’elle raconte chaque fois la vie comme si on y était, et une fois qu’on y est, elle nous la range, jusqu’à nous amener à son happy end, là où tout commence vraiment, dans une certaine sérénité que l’on comprend enfin, qui est enfin possible ; mais c’est aussi que je ressens chaque fois un infini soulagement d’y trouver la preuve que mon père n’avait pas tort. Ce n’est pas la vie qui est compliquée. C’est les gens qui la compliquent. Or, ce qu’un homme emmêle, un autre peut aussi bien le démêler. A chacun sa pelote !
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