L’Homme Tout Neuf et la Liesse du Peuple
Écrit par Marina Dejanovic   

 

Sheperd Fairey

Le lendemain des élections 2009 aux États-Unis d’Amérique, à un océan de là, rue de Charonne, devant l’épicier ouvert non-stop, un homme ici et pourtant d’ailleurs, chantonnait et dansottait au rythme d’une prière chamanique : "Obama, Oh, Bama, Bama, Obama…" Derrière lui, un grand jeune homme les boucles au vent souriait grand. A ses côtés, un vieil homme le regardait comme s’il voyait les siècles défiler en avant. Il souriait aussi. Et devant lui, moi qui ne le connais pas, qui n’ai pas su résister à l’appel des petites et grandes joies, et qui donc ai esquissé quelques pas rythmés par sa prière. Moi, qui n’en ai encore formulé qu’une de toute ma vie, il y a quelques mois seulement dans une situation de crise comme je vous raconte pas j’en avais jamais connue, et moi qui n’entre jamais visiter une église, j’ai instinctivement participé à celle-ci. Toute en liesse…

Quelques trois kilomètres plus loin, trois jours plus tard, un vieux musicien mystique que personne n’aurait cru si je n’étais passée par là à ce moment, baragouinait pour sa barbe au son de sa guitare l’histoire d’un Barack ayant reçu droit sur ça tête la Baraka, la bénédiction suprême d’un monde et d’un dieu à la fois.  

Promenons-nous encore, dans les bois, vérifions si le loup n’y est pas… C’est tout de même la crise. Dans un monde où s’imaginer vivre heureux sur cette terre d’hommes heureux reste illusoire aux sens des gens doués d’un minimum vital de raison. Utopiste. Je ne connais personne de nos jours qui apprécie que l’on qualifie sa pensée d’utopiste… " D’où c’est qu’tu m’traites, toi… Utopiste… Sssa mèhre…"

C’est pourtant la crise, et dans le même temps, comme un nouveau sens du bonheur qui jaillit… Comme si on pouvait comprendre… Non ? Vous ne sentez pas ? Alors ? Que disent encore les gens ? Les gens de rien, les gens du peuple, moi, toi, nous, qu’en dit-on encore, à l’autre bout du monde ? On dit Obama, le noir. On dit Obama n’est pas noir. On dit Obama n’est pas blanc.

On dit Métisse… L’Homme Neuf. Ben oui. Y’en avait pas autant, avant, il y a fort fort longtemps, lorsque trois kilomètres à pieds usaient encore les souliers. Celui qui vient de plusieurs lieux à la fois, d’une certaine façon doué d’ubiquité, culturelle s’entend, originaire donc d’un peu partout. Or partout, partout où il y a eu de la haine entre deux différences ou deux divergences collectives, il y a aussi eu des amours clandestins… Et des fruits naissant de ces amours, qui en démontrent la force, comme une force de vie qui se propage quoi qu’il arrive, comme une ruine de guerre recouverte de fleurs blanches et d’un filet d’eau pure et qui finit par nous laisser oublier nos haines...

On dit Métisse, mais a-t-on vraiment conscience du sens ? C’est celui qui rend le monde petit et rond sous son pas. Celui qui est éduqué à aimer les blancs et les noirs, les noirs et les blancs, invariablement. Celui qui a conscience que la seule véritable arme de survie pour l’homme est sa bonté, et la seule raison de ses violences ses propres blessures. Car c’est lui qui est déchiqueté lorsqu’on oublie d’être bon. L’Homme relevé. L’Homme debout. En son âme et conscience. Le Métisse. L’Humanité réunie par la force de la vie.

Une sagesse de Michel Piquemal illustrée par Julien BillaudeauCombien d’entre nous, maintenant, en 2009, venons d’ici et d’ailleurs à la fois ? Combien d’entre nous, objecteurs en notre âme et conscience, choisirons bel et bien la force de vie, envers et contre les multiples forces de destruction dont nous sommes en effet capables et qui en effet nous fatiguent ?

Le rire aussi, fatigue, et quelques descentes à trois ou quatre en luge de bois sur l’une des 137 neiges parmi les plus belles et scintillantes, et faire l’amour, le véritable amour, celui qui vous lifte de quinze ans en un quart d’heure… Ca fatiguerait pas mieux, tout ça ?

 

 

 

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